Cuillère en bois d’épicéa commun (Picea abies)

Cette cuillère en bois d’Épicéa commun est la 18e sculptée pour mon défi de sculpteur consistant à tailler autant de cuillères différentes qu’il y a d’essences d’arbres répertoriées dans la flore forestière française (environ 200 essences).


Sculpter une cuillère en Épicéa commun

Le bois d’épicéa commun n’est pas simple à sculpter : son principal défaut est d’écharder facilement. Il peut à la fois être très dense et dur en son cœur, avec une fibre courte et rassurante, mais aussi tendre, léger et cassant à sa périphérie. Pour cette cuillère en bois d’Épicéa commun, fort peu ergonomique, taillé dans une petite branche, le défi a consisté à tout garder : le cœur dense avec ses magnifiques cernes concentriques serrés, le bois tendre et clair de la périphérie et par endroit l’écorce, solidement liée au bois. Branche donnée par Bertrand, en Moselle, merci à lui ! J’ai compté 16 cernes, ce qui date cette branche de 2002.

Densité du bois
45%
Difficulté de sculpture
70%

Dans la famille Pinaceae, je demande…

spood.art-cuillere-epicea-commun3L’Épicéa commun (Picea abies) est classé au sein de la grande famille des Pinacées, famille qui compte 11 genres répartis en 4 sous-familles :

  • Les Abietoidacées, qui comptent notamment les sapins, les cèdres, les tsugas et le Mélèze de Chine ;
  • Les Laricoidacées, qui comptent notamment les mélèzes et le Douglas ;
  • Les Pinoidacées, qui comptent les pins ;
  • et les Piceoidacées qui comptent les épicéas.

Au sein de cette dernière sous-famille sont rangés 43 espèces… Fort heureusement, il n’y en a que 2 dans la liste du défi : l’épicéa commun ici présent, et l’épicéa de Sitka dont j’ai pu récupéré une branche dans un arboretum.


Old Tjikko, un épicéa qui a le titre de plus vieil arbre clonal au monde

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Sous ce petit tronc, culminant à 5 ou 6 mètres tout au plus, se cache un des plus vieux êtres vivants de notre planète.

Un arbre remarquable, sans être monumental

épiciéa commun "Vieux Tjikko" en SuèdeLe Vieux Tjikko est en apparence un épicéa commun, on ne peut plus commun. Il n’est ni très grand, ni très large, il ne présente aucune originalité particulière, il n’a en apparence rien d’un arbre remarquable, si ce n’est qu’il vit dans un environnement très difficile, sur la montagne de Fulufjället, en Suède.

Il aura fallu attendre 9550 années pour que cet épicéa attire l’attention d’un scientifique : Leif Kullman, professeur de géographie physique à l’université d’Umeå en Suède, venu là dans le cadre d’une étude sur la limite d’extension des arbres (pour la recherche sur le changement climatique).

Zora del Buono en témoigne dans son livre Des arbres et des hommes. Emmener par un guide local, il lui a fallu faire une longue marche pour atteindre le doyen des épicéas : Au fur et à mesure de la montée, la population d’arbres s’est transformée, les pins se font de plus en plus rares, d’abord seuls les épicéas poussaient encore, puis uniquement les bouleaux du Fjell, avec leurs troncs courbes, à présent des buissons nains et pour finir, je l’espère, le fameux épicéa ; la limite de la forêt, qui se situe dans les Alpes à un peu moins moins de deux mille mètres d’altitude, se dessine ici à environ huit cents mètres (…).

Le plus vieil arbre clonal au monde

Old Tjikko - infographie de son âgeBaptisée en 2004 par les chercheurs Leif Kullman et Lisa Öberg du nom du chien avec lequel ils ont parcouru la région à le recherche des arbres, l’âge de Old Tjikko a été déterminé par la datation au carbone 14 de son système racinaire. Sous ce vieillard maigrelet se trouvent des racines remontant à 375, 5 660, 9 000 et 9550 ans. 9550 ans… soit la fin de la dernière période glaciaire. Pour avoir une idée de son âge, consultez l’infographie ci-contre.

Les scientifiques attribuent l’incroyable durée de vie du vieux Tjikko à sa capacité à se cloner. Une fois qu’un tronc meurt – ceux-ci ayant une durée de vie limitée à 600 ans – un autre émerge des racines et prend sa place.

Cette capacité à rejaillir sans cesse de ses racines, qu’on pourrait presque qualifiées d’immortelles, en fait, à ce jour, le plus vieil arbre de type clonal au monde. Sachant que le plus vieil arbre non clonal est Mathusalem, un Pin de Bristlecone qui approche les 5000 ans, et la plus ancienne colonie clonale (arbre-forêt formé d’une colonie de clones d’un Peuplier faux-tremble) est Pando, dont l’âge est estimé à 80000 ans !

Un ancien krummlolz

Pendant des milliers d’années, en raison des conditions extrêmes dans lequel il a vécu, cet épicéa est apparu comme un krummholz, un arbuste rabougri (paragraphe suivant). Au cours du réchauffement du siècle dernier, l’arbre a germé dans une formation d’arbre normale. Ce fut d’abord, probablement, un buisson bas et tordu qui pouvait plier sous les charges de neige et ne cessait de faire des racines à partir de ses branches pressées contre le sol (…) il forme un tronc pendant les périodes douces et se contente, pendant les périodes froides, de pousses au niveau du sol. Cela peut durer ainsi pendant des siècles.

KrummholzKrummholz (de l’allemand : krumm : tortueux, courbé, crochus et Holz : bois) est un terme pour décrire la stature rabougrie et difforme des arbres soumis aux contraintes du vent (phénomène d’anémomorphose), des basses températures, de la neige, généralement à la limite supérieure de la forêt dans les régions montagneuses ou côtières (…) La structure particulière du krummholz provient de l’assèchement des nouvelles pousses par le vent. Le taux de croissance est diminué ou complètement entravé du côté des vents dominants. L’arbre prend alors une allure de bannière avec les branches d’un seul côté du tronc (port en drapeau). Dans les cas extrêmes, même la croissance apicale est empêchée ce qui provoque le développement de plus d’un tronc et donne à l’arbre l’allure typiquement informe du krummholz. Les conifères sont plus sujets à adopter cette forme particulière, car ceux-ci croissent plus fréquemment que les feuillus dans les zones venteuses alpines et côtières (Source Wikipedia).


Les épicéas communs mais remarquables

Les épicéas remarquables en Europe

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Crédit : Konstantinforscher

Il y a pas moins de 345 références d’épicéas monumentaux sur le site Monumentaltrees… Parmi les champions, retenons :

  • le plus gros, avec un tour de taille de près de 9 mètres, en Autriche, à Laastadt, Carinthie. Il est vraiment impressionnant, il mesure 35 mètres et c’est aussi le plus vieux puisqu’il affiche 5 siècles d’existence (photo ci-contre à droite) ;
  • le plus grand atteint 62,26 mètres et domine la Slovénie, dans les forêts du Sgermova Kmetija à Ribnica na Pohorju.

Les épicéas remarquables en France

les épicéas du roi de Rome
Les épicéas du Roi de Rome (Doubs)

arbre remarquable de ChichilianneL’épicéa le plus remarquable de l’hexagone semble être l’épicéa de Chinchilianne (photo ci-contre à droite) dans le Vercors Trièves. Il s’agit d’un épicéa qui pousse depuis une cinquantaine d’année en symbiose sur un saule !

Georges Feterman [ livre Arbres d’exception, les 500 plus beaux arbres de France ] évoque les épicéas du Roi de Rome dans le Doubs. L’auteur nous explique qu’il s’agit d’un majestueux groupe d’épicéas plantés (parmi un million d’autres) en 1811, dans le secteur de Levier, pour commémorer la naissance du fils de l’Empereur Napoléon 1er, fils surnommé le Roi de Rome, de son vrai nom Napoléon François Joseph Charles Bonaparte (Napoléon II) . Nombre de ces épicéas encore debout dépassent les 50 mètres de hauteur pour plus de 3 mètres de circonférence.

Ils sont aujourd’hui intégrés à une route touristique, la route des sapins, qui permet également d’approcher de grands sapins dénommés Sapin Président (le plus grand affiche 51 mètres pour 4,16 mètres de circonférence), mais c’est une autre histoire…

Les épicéas remarquables en Suisse

Epicea-monumental-suisse
Crédit : Michel Brunner

Passons de l’autre côté du Jura et allons voir ce qui pousse en Suisse, grâce à Michel Brunner et son ouvrage Arbres géants de Suisse. Plusieurs épicéas sont présentés, tous magnifiquement photographiés. Le champion suisse vit dans la vallée de Diemti, il a 450 ans et une circonférence de 9,90 mètres à 1,30 mètres du sol. Cette circonférence exceptionnel est expliqué par le mode de croissance de son bois de compression (c’est un bois dit de réaction, qui se créé pour permettre à l’arbre de retrouver son équilibre : les gymnospermes font un bois face ventrale dit de compression, les feuillus font un bois face dorsale dit de tension). L’auteur parle ainsi de cet arbre monumental : l’épicéa du renard, comme on l’a appelé, est le plus gigantesque épicé commun connu jusqu’à aujourd’hui (…) le tronc principal se partage en trois parties et celles-ci se partagent à leur tour en cinq branches vigoureuses (…) Ce n’est pas seulement la montée qui est à couper le souffle. Celui qui se tient devant le tronc énorme de cet épicéa doit d’abord s’asseoir.

Les épicéas remarquables en Bourgogne

Epicea-commun-arbre-remarquable-morvanLe site Arbres monumentaux recense de nombreux épicéas remarquables, dont celui de la Maison du Parc naturel régional du Morvan, à Saint-Brisson en Bourgogne (photo ci-contre à gauche) : La circonférence du tronc de l’arbre, mesurée à une hauteur de 1,30 m, est de 4,58 m (23 avril 2012, Jeroen Philippona). La hauteur mesure exactement 33,20 m. Cet arbre a été planté environ en 1803 ± 3, donc l’âge aujourd’hui est environ 215 ± 3 ans. La photo ci-contre est de Jeroen Philippona.


Connaitre et reconnaitre l’épicéa commun

Étymologie

Picea-abies_ecorce_epicea-communÉpicéa provient du latin picea, lui-même dérivé de pix, picis, c’est-à-dire poix, car l’arbre fournit une abondante résine. Pesse est le nom de l’épicéa en ancien français, terme repris aujourd’hui pour désigner un boisement d’épicéas : une pessière. L’Épicéa commun est également surnommé Sapin rouge, en lien avec son écorce rougeâtre.

Henriette Walter et Pierre Avenas [ livre La majestueuse histoire du nom des arbres ] explique également l’origine des termes spécifiques utilisés outre-atlantique : pour les québécois, l’épicéa se nomme épinette, le diminutif d’épine, spina en latin ; et pour les acadiens, on emploiera le terme de prusse, en lien avec le terme anglais spruce tree.

Distribution

épicea commun (picea abies)L’épicéa commun est un arbre résineux de la famille des Pinacées. Il s’adapte à de nombreux types de sol (même sur du calcaire et de la tourbe) et à différentes altitudes, son aire de répartition est ainsi très vaste, de l’Europe occidentale jusqu’en Sibérie orientale. En France, l’épicéa commun peuple spontanément les Vosges, le Jura et les Alpes du Nord et localement dans les Alpes du Sud. Ses plus beaux peuplements se situent surtout dans les Vosges (en particulier la Forêt Domaniale de la Haute-Meurthe), le Jura (Second Plateau, à partir de 1 000 mètres environ) et quelques hautes vallées des Alpes. Ce conifère peut être cultivé : une forêt composée essentiellement d’épicéa est appelée pessière. (Source Wikipedia).

Identification

L’épicéa présente des cônes à port retombant, ce qui le distingue du sapin blanc. Pour une distinction précise de l’épicéa et du sapin, voir cette excellente page publiée par le Département de biologie de l’Université de Lyon.


Le bois et les usages de l’épicéa

Grume d'épicéaLe bois d’épicéa est blanc, l’aubier n’est pas différencié. Une fois scié, on le distingue difficilement du sapin. La maturité pour la production de grumes est acquise à environ 60 ans.

Que dit la Flore forestière française à propos de l’épicéa commun ? Que c’est un bois apte à toutes sortes d’emplois : si les cernes sont fins, les propriétés mécaniques sont excellentes : bois de charpente, de menuiserie, de lutherie (bois de résonance), poteaux et perches, montants d’échelles ; autrefois bois d’aviation ; si les cernes sont larges : pâte à papier, panneaux de fibres et de particules, caisserie, coffrage (…). Dans le commerce, le bois d’œuvre n’est pas identifié en tant qu’épicéa, mais en tant que sapin.

Dessin botanique picea abies - épicéa communBernard Bertrand souligne son importance de longue date comme bois de construction : on en fait des bardeaux (tuiles en bois) pour les toits, des charpentes, des cloisons, des parquets et, bien sûr, des éléments d’aménagement intérieur, des meubles. Bernard Bertrand indique également : il a été creusé et a donné des récipients alimentaires ! Enfin, parmi tous les usages que nous abordons dans la présentation ethnobotanique de l’épicéa, citons son rôle essentiel dans la fabrication des canots en bouleau canadiens : Mais ce sont surtout ses racines (de l’épinette noire – Picea mariana – une des 5 espèces d’épicéa au Canada) qui nous intéressent ici. Elles sont le matériau irremplaçable pour coudre entre eux les morceaux d’écorce qui constituent de multiples contenants, mais aussi pour assembler les canots en bouleau des amérindiens.

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