Cuillère en bois de Prunellier (Prunus spinosa)

Voici une cuillère en bois qui m’a donné du fil à retordre… Commencée facilement alors que le bois était encore vert, j’ai dû mettre mon ouvrage en pause (début de tendinite). Le bois ne m’a évidemment pas attendu, il a séché et est devenu vraiment très dur ; et cassant, ce qui m’a obligé à revoir ma copie. Ceci dit, le grain est très fin, le poli très agréable. Le bois du prunellier, très pale, dense et résistant, est assez proche du cornouiller (Cornouiller mâle ou Cornouiller sanguin). Au final, sous la forme d’une dose tout en rondeurs, c’est une de mes cuillères préférées. Sans rancune l’épine noire !


Cannes et bâtons traditionnels en bois

cannes et bâtons traditionnels en bois

 

Depuis toujours, qu’il s’agisse de la houlette du berger menant son troupeau, du walking stick d’Écosse, du makila basque ou encore de l’alpenstock du montagnard, le bâton sous toutes ses formes a toujours accompagné l’homme dans la nature. Il est à la fois un signe, un outil, une arme de défense et le prolongement de la main. Signe, car il permet  par un rapide mouvement une communication simple, car il intime l’ordre aux bêtes domestiques et effraie celles plus sauvages. Outil puisqu’il est à la fois levier, piquet et masse. Arme, puisque nombre de ces cannes s’accompagnent d’une gestuelle défensive spécifique. Prolongement de la main enfin, qui permet de tâter, sentir le terrain, assurer le pas sur les sentes escarpées ou glacées.

Alpenstok autrichien

alpenstockAlpenstock-pioletL’alpenstock, sorte de canne à embout ferré, peut être considéré comme l’ancêtre du piolet. Généralement en frêne, il comportait parfois à l’extrémité opposée à la pointe de fer une cordelette pour faciliter la prise. Il aidait à conserver l’équilibre, à sonder les crevasses, à sécuriser les touristes sous forme de rampe mobile, tenue à chaque extrémité par un guide. En même temps que l’alpenstock, les premiers alpinistes utilisaient une courte hachette pour tailler des marches dans la glace. La réunion de celle-ci et de l’alpenstock a donné naissance au piolet. Progressivement délaissé, l’alpenstock est surtout devenu un accessoire pour promeneurs et a disparu à la fin du XIXe siècle.

Walking stick écosssais

bois de Cerf elaphe - Cervus elaphusLe walking stick est le bâton de marche écossais, reconnaissable à sa poignée faite de bois de Cerf rouge (Cervus elaphus scoticus), sous-espèce du Cerf élaphe vivant dans les Highlands d’Écosse. Récompensés pour leur force, leur durabilité et leur beauté, Ces bois, qui peuvent atteindre jusqu’à 45 cm de longueur, sont réputés pour leur extrême solidité, et ont été utilisés de tout temps pour la confection d’outils, de bijoux, de meubles en passant par les aphrodisiaques. Les cerfs perdent leurs bois chaque année. Après la saison de reproduction, il est possible de les obtenir sans nuire à l’animal. Après avoir sélectionné à la main un bois de taille et de qualité idéales, les artisans découpent la couronne avec soin, puis la nettoient et la polissent avant de la coller sur un bâton de châtaignier.

Makila basque

Makila-basque-canne-et-batonLe makila est à la fois une canne de marche et de défense et un objet d’art dont l’histoire est intimement liée à celle du berger basque, et plus globalement de la culture du pays basque. Des makilas sont encore aujourd’hui fabriqués à la main par des artisans travaillant selon des traditions séculaires. Conçus dans du châtaigner ou du bois de néflier sauvage, un bois choisi pour son exceptionnelle solidité, le makila sert encore aujourd’hui à la fois de bâton de marche et d’arme de défense de par la ratière insérée dans son fourreau et servant de poignée.

Le site La rose couverte (site sur l’art martial de la canne) précise : Bâton de néflier de 85 cm de long, comportant des dessins en relief dus à des saignées. Le Makila est plombé sur l’extrémité inférieure, gainé d’une douille de cuivre, terminé par une pointe à 4 ailettes raccordée au bois à travers un sou. À l’autre bout : un dard recouvert par un manchon amovible terminé par un pommeau en corne et muni d’une dragonne pour faire des moulinets. Son utilisation est multiple : aiguillon pour mener l’attelage, simple Canne de marche pouvant se transformer en un arme de poing redoutable, elle serait à l’origine de la baïonnette inventée à Baîona en Galice, et de la Canne épée.

Shillelagh irlandais

Shillelagh irlandais en prunellier shillelagh irish soldierLa canne est un accessoire traditionnel des militaires. Elle a pour ces messieurs des usages très variés : voir à ce propos les articles du Centre de recherche sur la canne et le bâton. Dans l’armée de Sa Majesté, la canne est traditionnellement taillée dans une tige de prunellier : c’est par exemple le cas des officiers du Régiment royal Irlandais de l’armée britannique, qui sont traditionnellement porteurs de la canne de prunellier, connue en Irlande sous le nom de shillelagh. Cette canne (ou trique dans sa version plus courte) est fortement associé au folklore irlandais, et reconnu comme un symbole de l’Irlande. Voir à ce propos cette page de wikipedia.

Cet usage des prunelliers était également courant dans nos campagnes pour l’usage des paysans, qui nommaient ces cannes bâtons d’épine.

La houlette du berger

fer pelle de houletteLa houlette est un bâton dont la longueur varie de la hauteur d’un homme à la moitié environ, et dont une extrémité est recourbée. Elle peut être en frêne, en néflier ou autres bois selon la région. Houler fait allusion à la terminaison, non seulement recourbée, mais aussi, jadis, en forme de petite pelle (photo à droite), qui servait au berger à lancer des petites pelletés de terre ou des petites pierres vers les brebis qui tendaient à s’écarter du troupeau ou du chemin. L’extrémité supérieure de la houlette, la crosse, est recourbée et se termine par une section plus droite, plus longue et plus proche du grand côté. Cette forme, élaborée par l’expérience, sert au berger à attraper la brebis par le cou (source).


Connaitre et reconnaitre le prunellier

Etymologie

prunellier-en-fruit-prunus-spinosaPrunier est extrapolé du nom du fruit, la prune, qui elle-même vient du latin prunum, lui même emprunté à une langue d’Asie. La prunelle, le fruit du prunellier, est le diminutif de prune. Henriette Walter et Pierre Avenas [ livre La majestueuse histoire du nom des arbres ] explique l’origine de l’utilisation du mot prunelle pour parler de la pupille des yeux : on tient « à la prunelle de ses yeux ». Dans cette expression, c’est à la petite prune noire du prunellier qu’est assimilée la pupille. Spinosa vient du latin spinosus, épineux.

Le Prunellier est également nommé Épine noire, dénomination due à son écorce sombre, gris noirâtre, et pour le distinguer de l’Épine blanche, c’est-à-dire l’Aubépine.

Répartition

Pierre Lieutaghi [ Le livre des arbres, arbustes & arbrisseaux ] nous renseigne sur l’extension du Prunellier, un de nos arbrisseaux les plus répandus : en France et en Corse de la plaine à l’étage montagnard, jusqu’à 1600 mètres ; dans la plus grande partie de l’Europe jusqu’à 60° de latitude, sauf en Islande et en Crète ; en Asie occidentale jusqu’en Iran ; dans le sud-ouest de la Sibérie et en Afrique du Nord (Tunisie, Atlas). Il affectionne les milieux ouverts, c’est pourquoi il est souvent présent dans les haies champêtres, les friches, landes, lisières forestières.

Description

Dessin-botanique-Prunellierprunellier-en-fleur-prunus-spinosaLe prunellier est un arbrisseau pionnier pouvant mesurer jusqu’à 6 mètres et vivre plus de 50 ans. Les rameaux sont très épineux et portent une écorce gris brun noirâtre. Jeunes, ils sont pubescents. Le feuillage est caduc, les petites feuilles alternes sont ovales, aiguës, à marge finement dentée. Elles sont souvent pubescentes sur les nervures de la face inférieure. Les fleurs blanches apparaissent avant les feuilles. Elles sont pour la plupart solitaires (parfois par 2), portées par un pédoncule de 3-6 mm. Elles apparaissent en mars-avril(-mai) et sont mellifères. Ses drupes, les prunelles, de 10-15 mm de diamètre, pruineuses, violettes à noirâtres, sont mûres en septembre-octobre. Astringentes et très âpres, elles ne sont pas utilisables tant qu’elles n’ont pas subi les premières gelées. Elles sont consommées par les animaux qui en dispersent les graines (Source : Wikipedia).

Lardoir de prunellier pour pie-grièche

prunellier-lardoir-empalement-pie-griecheOn désigne sous le nom de lardoir un emplacement utilisé par certains oiseaux prédateurs, soit pour stocker leurs proies (pies-grièches), soit pour les dépecer (rapaces, pies-grièches). Les pies-grièches empalent certaines de leurs proies sur des épines avant de les consommer ou d’en nourrir leur niché. Il n’y a pas que le prunellier qui remplit cette fonction : rosier sauvage, aubépine, … mais aussi fil de fer barbelé !


Le bois du Prunellier et ses usages

Que dit la Flore forestière française à propos du prunellier ? Bois dur et dense, utilisé pour la marqueterie, la tournerie, la fabrication de manches et de cannes. Pierre Lieutaghi [ Le livre des arbres, arbustes & arbrisseaux ] décrit le bois du prunellier avec plus de détails. Il le décrit comme un bois de teinte rosé, veiné de brun rougeâtre vif dans les tiges âgées, comme un bois lourd (densité 0,7 à 0,9), très dur et flexible. Utilisé en marquetterie, il est nécessaire de bien le préparer car il travaille au séchage.


Approche ethnobotanique

Les usages médicinaux du prunellier

Fleurs-Prunus-spinosaLes fleurs fraîches de Prunellier, prises en infusion, favorisent le transit intestinal. Pierre Lieutaghi [ Le livre des arbres, arbustes & arbrisseaux ] les présente comme un laxatif doux très efficace, recommandé pour les enfants et encore utilisé en Allemagne. François Couplan [ livre Le petit Larousse des plantes qui guérissent ] indique que l’écorce, riche en tanin, est très astringente : on l’employait comme fébrifuge.

Il précise que, de nos jours, ne sont plus utilisaient que les prunelles, cueillies avant leur complète maturité pour conserver leur astringence, qui sont indiquées pour arrêter la diarrhée. Pierre Lieutaghi indique que les petits vins de prunelles préparés dans les campagnes causaient aux paysans de sérieuses obstructions qui les font languir longtemps et les conduisent à la mort

Les prunelles (appelées localement plosses, pelosses, belosses, agrênes, agrumelles, senelles…) sont très astringentes. Le noyau est toxique.

Les usages alimentaires du prunellier

Au printemps, les jeunes fleurs blanches peuvent être récoltées pour être consommées (fraîches ou séchées) en tisane, ou pour aromatiser diverses crèmes ou apéritifs auxquelles elles confèrent un parfum d’amande amère.

Les feuilles, selon Pierre Lieutaghi, légèrement torréfiées, ont été employées comme un bon succédané du thé de Chine. Elles auraient également servi de succédané de tabac

A l’automne, les prunelles peuvent être mangées une fois adoucies par le gel (ou placées plusieurs jours au congélateur), elles conservent néanmoins une certaine âpreté. Cuites, on en prépare des compotes, des confitures et des liqueurs.

Pierre Lieutaghi donne la recette d’une compote alcoolisée originale : cuire 1 kg de prunelles avec 1/2 litre de vin blanc coupé de moitié d’eau, 250 g de sucre, un demi zeste de citron râpé, de la canelle et une pincée de sel ; quand le jus s’est bien évaporé, on tamise pour enlever les fruits pour en séparer les noyaux ; on peut passer au four, nappé de meringue (P. Peyre).

On peut également conserver les prunelles dans une saumure afin de les consommer à la manière des olives. François Couplan [ livre Le petit Larousse des plantes qui guérissent ] en donne la recette : il suffit de recouvrir complètement les prunelles d’eau salée dans un bocal et de les garder à température ambiante. Une fermentation lactique se déclenche, de même type que dans la choucroute (lactofermentation) et, au bout de 3 semaines, les prunelles se mangent comme des olives. Elles sont salées, acidulées et très aromatiques, sans la moindre âpreté.

Les alcools de prunelles

liqueuer-kayouski-noyau-prunellierDivers alcools sont réalisés en utilisant les prunelles, les fleurs ou les rameaux du prunellier :

  • Patxaran basque (Couplan) : les fruits sont mis dans de l’alcool avec des grains d’anis ou de badiane et du sucre. Filtrage à la fin de l’hiver ;
  • Ugemachten Drëppen (Couplan) : une macération alcoolique sans sucre vendue dans les cafés au Luxembourg ;
  • Ratafia de prunelles (Lieutaghi) : 500 g de fruits blettes concassés, faire macérer dans un pot de grès neuf ou de verre avec 1 litre d’eau-de-vie à 60°, cannelle et vanille, pendant 2-3 mois, remuer de temps en temps, passer et filtrer, ajouter 500 g de sirop de sucre (10 de sucre pour 8 d’eau).
  • Prunelle de Bourgogne (Lieutaghi) : faire macérer 3-4 ans dans la meilleure eau-de-vie les noyaux débarrassés de la pulpe ;
  • Liqueur Kayousky (Lieutaghi) : 1 verre de noyaux bien secs par litre d’eau de vie blanche, laisser macérer 5-6 semaines en agitant fréquemment, filtrer, faire caraméliser du sucre (750 g par litre) et ajouter peu à peu à la liqueuer en agitant vivement, laisser au repos dans un endroit frais le plus longtemps possible.
  • Vermouth (wikipedia) : vin liquoreux aromatisé de plantes amères et toniques, dont le prunellier, et fortifié par adjonction de mistelle, d’eau-de-vie ou de liqueur.
  • Vin d’épines (wikipedia) : un vermouth, aromatisé par des pousses de prunellier (épines noires) ou d’aubépine (épines blanches) se développant juste après la floraison. Le vin d’épines est aussi connu sous les noms de troussepinette, pousse d’épines, épinette, broc. Le vin d’épines est produit par macération des pousses dans un vin sucré pendant au moins deux semaines, auquel on ajoute de l’eau-de-vie en fin de macération.
  • « Piquette » de prunelles… (Lieutaghi) : dans les campagnes pauvres, des prunelles qu’on laisse fermenter dans de l’eau avec du sucre ou de la mélasse.

Autres usages

Haie impénétrable / Le prunellier drageonne vigoureusement par ses racines traçantes est forme rapidement un fourré difficilement pénétrable. A ce titre, les gaulois l’utilisaient pour défendre leurs camps retranchés. Dans le bocage, l’arbrisseau remplit les mêmes fonctions pour empêcher les animaux de s’échapper. Qui plus est, les bovins et ovins n’apprécient pas ses fruits. Les branches mortes, mais toujours très épineuses, ont servi de « chevaux de frise » pour interdire l’accès aux champs.

Dentifrice / L’écore du prunellier, réduite en poudre, était employée comme dentifrice.

 

 

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