Cuillère en bois de Genévrier commun (Juniperus communis)

Cette cuillère en bois de Genévrier commun a été très agréable à travailler, à la fois pour sa robe aux multiples nuances de miel, soulignée par un veinage très fin, mais aussi et surtout pour son parfum d’encens marqué et persistant, une odeur résineuse aromatique. Récupérée en 2017 lors d’une balade aux alentours de Chateauneuf-en-Auxois, cette branche de genévrier, issue d’un pied en fin de vie, perdait beaucoup de résine et n’était alors pas sculptable. Enveloppée dans un sac en papier, elle a fait un séjour d’une année au frigo, « oubliée » dans le bac à légumes. Malgré cela, elle exalte toujours un si agréable parfum qui, d’après les couteliers qui l’utilisent également, dure très longtemps. Ceci dit, c’est un bois délicat à sculpter, très nerveux, qui écharde facilement et ne pardonne aucune erreur. Le bois est assez dense, le grain fin permet d’obtenir un touché lisse et doux, assez chaud.


Dans la famille Cupressaceae, je demande…

spood.art-cuillere en genévrier communCette cuillère en Genévrier commun est la 30e sculptée pour mon défi consistant à tailler autant de cuillères différentes qu’il y a d’essences d’arbres répertoriées dans la flore forestière française.

Parmi les essences de la famille des Cupressacées, je dois encore trouver cinq autres genévriers :

  • le Genévrier cade (ou Genévrier oxycèdre), essence méditerranéenne ;
  • le Genévrier thurifère, essence méditerranéenne ;
  • le Genévrier de Phénicie, essence méditerranéenne ;
  • le Genévrier sabine, essence montagnarde ;
  • le Genévrier nain, essence montagnarde.

Guide d’identification des genévriers

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Il existe 60 espèces de genévriers réparties dans l’hémisphère Nord, jusqu’en arctique. La France héberge six espèces : une est répandue (Genévrier commun), deux sont montagnardes (genévriers sabine et nain), trois sont méditerranéennes (genévriers cade, de Phénicie et thurifère).

Les essences méditerranéennes :

Sur le pourtour méditerranéen, les genévriers cade et de Phénicie sont les plus courants. Le thurifère est très rare et protégé, cantonné à quelques stations dans les Alpes du Sud, la Corse et les Pyrénées. Le Genévrier cade ressemble au Genévrier commun mais ses feuilles présentent deux bandes blanches au lieu d’une seule sur le commun, ses cônes sont brun rouge à maturité, et un peu plus gros (7-11 mm, au lieu de 5-7 mm pour le commun). Les genévriers de Phénicie et thurifère sont bien différents, notamment par leurs feuilles en écailles très petites qui ne piquent pas. Ils présentent également des cônes plus gros, de 10 à 15 mm.

Les essences montagnardes :

Le Genévrier nain n’est présent qu’à partir de 1600 mètres, alors que le Genévrier commun ne grimpe guère au delà de 1800 mètres. Si tous les deux présentent des cônes bleuâtres identiques, une même bande blanche sur la face supérieure des feuilles, le Genévrier nain se distingue par sa forme couchée, par des aiguilles plus larges et courbées vers le rameau. Si le Genévrier sabine vit aux mêmes altitudes que le Genévrier nain, il est cependant plus rare et totalement absent de Corse. Enfin, il s’en distingue facilement par ses feuilles en écailles à odeur désagréable au froissement.

L’essence commune :

Le Genévrier commun est commun partout en France, sauf en Bretagne, dans le nord-est et dans la région des Landes. Il est présent dans la région méditerranéenne et peut donc se méler avec le Genévrier cade. Comme il monte jusqu’à 1800-2000 m en montagne, où il prend une allure prostrée, il peut se confondre avec le Genévrier nain.

Sources des photos du montage et informations : Département de biologie de l’Université de Lyon.


Genévriers remarquables ?

Je n’ai trouvé que peu de références de genévriers commun remarquables… mais par contre de nombreux références pour le Genévrier cade, le Genévrier de Phénicie et le Genévrier de Virginie. Ce n’est pas l’objet de cet article (j’ai hâte de sculpter ces différentes essences), néanmoins je laisse les liens vers les sources en question.

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Genévrier d’Opoul-Périllos – Ph. Gilles et Maryline – Krapo arboricole

En Bourgogne, plus précisément à Simandre en Saône-et-Loire, Alain Desbrosse [ livre Les arbres remarquables de Bourgogne – tome 1 ] présente un sujet d’une hauteur de 4 mètres et un tronc de 20 cm de diamètre. L’auteur indique que le Genévrier commun est le seul conifère indigène de Bourgogne, qu’on le rencontre régulièrement sur les pelouses calcaires de la côte viticole car c’est le seul arbrisseau à résister aux dents des moutons.

Michel Brunner [ livre Arbres géants de Suisse ] présente un Genévrier commun poussant au Steizopf (Oberägeri ZG), d’environ 250 ans, avec une hauteur de 11 mètres et une circonférence d’1,55 mètres. Il évoque, en Suède, 2 arbres atteignant 18.50 mètres de hauteur et 2,70 mètres de circonférence.

Je ne résiste cependant pas à inclure dans cet article cette photo du Genévrier cade remarquable d’Opoul-Périllos (Pyrénées-Orientales), un arbre qui aurait entre 1600 et 1800 ans (Source : Krapo arboricole). Georges Feterman le présente dans son nouveau livre Arbres d’exception, les 500 plus beaux arbres de France (octobre 2018) mais lui accorde un âge de 1000 ans.


Connaitre et reconnaitre le Genévrier commun

Étymologie

Genévrier commun ou juniperus-communis-genevrier-communJuniperus communis, du celtique juneperus, âcre, par allusion à la saveur des fruits, et communis est un terme latin signifiant commun. Une autre source indique : le nom latin juniperus provient du celte gen, buisson, et prus, âcre. Le terme communis évoque la grande distribution de cet arbuste : son aire de répartition est la plus étendue pour un conifère.

Le nom genévrier est issu de genièvre, terme plus ancien qui désignait à la fois l’arbre, son bois, les fruits (cônes) et l’eau-de-vie aromatisée avec.

Le Genévrier commun se présente généralement comme un arbuste de 1 à 6 mètres de hauteur, mais il pourrait également se rencontrer comme un petit arbre dont la taille varie de 12 à 15 mètres. Il vit pas très longtemps, de 80 à 100 ans au maximum (d’autres espèces de genévriers peuvent vivre plus de 1 000 ans).

Distribution

juniperus-communis-genevrier-communCette espèce héliophile s’accommode de tout type de sol, est résistante au froid et à la sécheresse (forte racine pivotante). C’est un conifère peu exigeant et qui se développe un peu partout sur la planète. Le Genévrier commun est présent en Europe, en Asie occidentale et boréale, en Afrique et en Amérique septentrionale. Cette espèce est commune sur tout le territoire français et en Corse, jusqu’à 1800 mètres d’altitude. C’est une espèce pionnière qui reboise les clairières et les endroits d’où la forêt s’est retirée, et qui protège le sol de l’érosion.

Identification

juniperus-communis-genevrier-communSon écorce se desquame en longues bandelettes gris bleuâtres. Les feuilles, des aiguilles persistantes de couleur vert-bleu, à pointes fines et piquantes possédant un seul sillon blanchâtre dessus et sillonnées en dessous, sont verticillées par 3 et disposées sur 6 rangs. Elles répandent une agréable odeur balsamique. Les fleurs sont dioïques : les fleurs mâles sont de couleur jaune et les fleurs femelles de couleur verdâtres.

Les fruits sont des cônes miniatures (analogues aux pommes de pin) globuleux ayant l’apparence d’une baie, de taille relativement petites (5-7 mm). Deux années leur sont nécessaires pour arriver à maturité et prendre leur couleur bleu foncé caractéristique, éclaircie par la présence d’une pruine blanchâtre.

Le genévrier commun se distingue du Genévrier cade (Juniperus oxycedrus) par ses aiguilles n’ayant qu’une seule large bande blanche (alors que les aiguilles du cade ont deux bandes parallèles plus étroites), et par des fruits plus petits et plus sombres.


Le bois de Genévrier et ses usages

Couteau Laguiole-manche en genevrierQue dit la Flore forestière française à propos du Genévrier commun ? Que c’est un bois odorant se travaillant bien, utilisé pour la marqueterie, la sculpture, la fabrication de meubles d’art, de petits objets et de bois tourné.

Le genévrier est un bois dure, à la coloration variée (brun-rouge à jaune) et au grain fin. Il a également servi (ou sert encore) à la production de manches d’outils ou de couteaux, de bâtons de marche, de tuyaux de pipe. De son bois, on fait aussi des crayons. Imputrescible, il était aussi utilisé pour la fabrication de conduites d’eau, de piquets et de poteaux, ainsi que de cercueils…

Les genévriers possèdent un bois très aromatique, odeur due aux oléorésines, sécrétion naturelle des conifères formée d’une essence et de la résine résultant de l’oxydation de cette essence. Le bois est un très bon répulsif pour les insectes et dans une armoire à linge il fait office d’anti-mites.


Un peu d’ethnobotanique

Attention, le feuillage de certains genévriers est toxique, en particulier le Genévrier sabine (Juniperus sabina) et le Genévrier de Phénicie (Juniperus phoenicea). Autre mise en garde : l’usage des baies est déconseillé aux femmes enceintes et de trop fortes doses peuvent irriter les reins.

Les alcools aromatisés

bière aux baies de genévrierHenriette Walter et Pierre Avenas [ livre La majestueuse histoire du nom des arbres ] indiquent que la boisson désignée genièvre est une eau-de-vie parfumée aux baies de genévriers au cours de la distillation. C’est une boisson typique des régions flamandes où on l’appelle Genever. Ils expliquent que ce Genever est sans doute l’ancêtre du gin, boisson nationale anglaise : un alcool de grain aromatisé notamment avec des baies de genévriers.

François Couplan, [ livre Le régal végétal ] indique : Il est traditionnel, en certaines régions, d’aromatiser la bière au genièvre, comme le faisaient déjà les vikings il y a plus de 1000 ans. La Genevrette est une bière obtenue par fermentation d’un mélange d’orge germé et de cônes de genièvre. Une petite recherche sur le web semble montrée que la bière aromatisée aux baies de genièvre soit l’objet d’une consommation populaire dans le nord de la France ! Autre référence trouvée : Sahti, une bière traditionnelle finlandaise, aromatisée aux baies de genévrier, mais aussi filtrée sur un lit de branches de genévrier !

Traditionnellement en Europe, nombre de liqueurs sont aromatisées avec les cônes de genièvre : la peket en Belgique (il existe même un Musée du Genièvre en Belgique), le gin britannique, la borovička d’Europe centrale, la Jenever (ou Genever) en Hollande, etc. Les cônes servent pour aromatiser, mais pas uniquement : en Serbie, on fait vieillir l’alcool dans un tonneau en bois de genévrier ; les rameaux feuillés servent aussi, notamment dans la confection de la bière finlandaise évoquée ci-dessus.

Condiment

Les cônes de genévrier sont un condiment connus sous le nom de baies de genièvre et parfument la choucroute (10 baies par kilo de chou) et les pâtés (notamment le pâté de glands), et entrent dans la recette de certains plats de gibier ou viandes grasses, notamment en raison de leurs propriétés digestives. Bon à savoir : le séchage conserve parfaitement les arômes et propriétés des baies.

Pour utiliser le calcium, les Navajos brûlent les branches pour manger la cendre riche en calcium.

L’estre (extrait) de genièvre

Pot d'extrait de genièvre - EstreWikipedia rapporte un usage peu connu des baies de genièvre : Dans toutes les Alpes on faisait couramment un estre de genièvre (extrait de genièvre). Il donnait beaucoup de travail au cours du mois de décembre. Les graines étaient cuites à l’eau puis pressées avec une presse puissante. Détail des opérations :

  • Les graines noires sont récoltées en automne jusqu’en novembre, alors qu’elles ont subi plusieurs fois le gel. La récolte se fait souvent avec un bâton en ayant mis un drap au pied et rarement baie par baie.
  • Cette pratique de battre l’arbuste conduit à avoir une récolte mélangée d’épines. On est donc obligé de trier : sur une table on utilise une planchette légèrement bordée et inclinée à environ 20° pour les séparer.
  • Elles sont alors lavées, puis cuites en ayant été recouvertes d’eau par une ébullition douce et lente pendant 5 heures.
  • Elles sont rassemblées dans un sac de toile très solide puis enfin, dans la foulée, mises sous presse assez longtemps (au moins 15 minutes).
  • Pour finir, le jus est réduit (concentration par ébullition lentement sans faire coller) jusqu’à obtenir une pâte noire de la consistance d’un miel liquide, qu’on met en pot.
  • On peut ajouter du sucre (ce que ne faisaient pas les Anciens).

Cet estre se conservait très longtemps. Il s’utilisait dans du lait chaud, sur des tartines avec un peu de crème fraîche, ou comme sucre doté d’un goût particulier.

Un producteur suisse, Nahrin, commercialise aujourd’hui encore ce miel de genièvre. L’éléctuaire de baies de Genièvre semble également commercialisé par les magasins d’alimentation naturelle en Suisse et par la célèbre chaîne de magasins Migros.

François Couplan évoque également cet extrait : « Dans les Alpes de haute-Provence, on confectionnait un extrait concentré de cônes de genévrier (eschait ou chaï) (…) On le préparait encore récemment dans la vallée de l’Ubaye.

Phytothérapie

Le genièvre a de tout temps était utilisé comme désinfectant : on en brûlait les rameaux (fumigation) lors des épidémies ou simplement pour purifier l’air des maisons. Un proverbe dit : Genièvre au foyer – chasse docteurs et barbiers. Lorsque la peste sévissait en Europe, les gens brûlaient du genièvre dans les maisons, mangeaient ses baies et faisaient dans les villes de grands feux de genièvre pour se protéger contre la mort noire. Il est en effet avéré que l’odeur dégagée par évaporation de son huile essentielle ainsi que la fumée obtenue par combustion de l’extrémité de ses rameaux ou de ses baies sont fortement germicides

Dioscoride estimait que les baies de genévrier, en breuvage, étaient efficaces contre les enflures du ventre. Plus qu’un traitement des digestions difficiles et des gaz intestinaux, les baies de genièvres sont ajoutées préventivement lors de la préparation de plats un peu lourds afin de faciliter leur digestion. 

La médecine naturelle emploie le genièvre en usage externe sous forme de pommades, emplâtres et alcool contre les troubles rhumatismaux, les maladies cutanées comme les eczémas, les dermatites, l’acné ainsi que contre la cellulite et la chute de cheveux. En usage interne, les baies favorisent l’élimination des dépôts d’acide urique dans les articulations et sont également utilisées
pour cette raison dans le traitement de la goutte, des rhumatismes et de l’arthrite. Cette plante est également un remède efficace contre les infections des voies urinaires, la toux, les troubles digestifs, les infections gastriques et intestinales, pour apaiser les brûlures d’estomac et les troubles biliaires. Mais comme le genièvre irrite les reins, mieux vaut éviter d’en faire un usage abusif.

Les baies sont un des plus anciens diurétiques connus (depuis plus de 20 siècles) et entraient dans la fabrication de divers vins diurétiques officinaux. Au Moyen-Âge, le Genièvre était considéré comme une panacée. Ses propriétés diurétiques, sudorifiques, dépuratives, toniques et stomachiques sont toujours admises aujourd’hui.

L’huile de Cade

Four à huile de cade en Provance
Four à huile de cade en Provence

La pyrogénation (réaction chimique obtenue en soumettant un corps à une forte élévation de température) en vase clos du bois du Genévrier cade (ou Genévrier oxycèdre) donne l’huile de cade, produit sombre, goudronneux d’odeur très forte, utilisé en particulier dans des préparations pour les maladies de peau.

On trouve encore dans les garrigues de Provence d’anciens fours à cade rappelant l’époque où cette huile était produite directement dans les champs. Ce sont de grands fours cylindriques en pierre, le bois y était lentement consumé et on récupérait l’huile dans la partie basse du four. Leur utilisation a cessé après la seconde guerre mondiale, supplantés par les distilleries modernes.

savon-genevrier-bébé-cadumA ce propos, évoquons le savon de notre enfance Bébé cadum, un savon à l’huile de cade (Genévrier cade). Cadum est une marque de savon française, créée en 1907, implantée à Courbevoie : En 1907, Michael Winburn (1861-1930), homme d’affaires américain, achète à Paris un baume capable d’éradiquer les eczémas tenaces. Guéri grâce à cette pommade, ce fondateur d’une entreprise de produits chimiques basée à New York (…),également détenteur d’une agence de publicité, décide de s’associer au pharmacien Louis Nathan, pour commercialiser ce remède. Le nom latin de l’huile de cade utilisée comme composant du remède, donne son nom à la marque : Cadum. (Source : wikipedia)

Les autres usages du genévrier

François Couplan indique qu’une fois torréfiées les cônes de genévrier ont été utilisées comme succédané de café. Il évoque aussi l’utilisation (avril-mai) des jeunes pousses encore tendre en ajout aux salades, et des aiguilles fraîches ou séchées pour élaborer un thé agréable.

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