Cuillère en bois d’Ailante ou Faux vernis du Japon (Ailanthus altissima)

Je ne me promène jamais sans ma scie, une petite scie de jardin repliable, légère, très coupante, très pratique. C’est l’outil premier de mon travail : pas de scie, pas de cuillère. A l’exception de ce jour d’octobre où je suis tombé sur ce jeune Ailante, abattu à un coin de rue dans un quartier en rénovation. Curieux de mon intérêt pour ce déchet vert, les ouvriers du chantier ont bien voulu me prêter leur propre scie. Ouf. Ni une, ni deux, la branche rapidement coupée était dans le sac. Merci les gars, bon courage, retour à la maison… et voici une cuillère en bois d’Ailante !

Quant à l’Ailante, dont je ne connaissais pas le nom quelques semaines auparavant, je le reconnaissais partout en ville et aux abords de Dijon. Une plante du genre colonisatrice, pour ne pas dire invasive. Son feuillage est tellement caractéristique et exubérant que vous aussi vous le reconnaitriez facilement. Le bois est tendre, souple, facile à travailler, le grain est fin, il fait penser à celui du frêne, mais il dégage cependant une odeur assez fétide… d’où son surnom de Frêne puant. Dans les grandes villes chinoises, on lui donne également le sobriquet peu sympathique de Chouchun, soit le Printemps puant. En Europe, du fait de son odeur, il est peu à peu remplacé par le Cédrèle de Chine.


Fabrication d’une « chinoiserie » en 7 étapes

Les sept étapes de la sculpture de cette cuillère en bois d’Ailante, à partir de la branche fraichement coupée jusqu’à la cuillère en bois quasi terminée.

1 – la branche / 2 – équarrissage à la hache et premières formes au gros couteau / 3 – fin de l’équarrissage et début du travail de sculpture « fine » / 4 – la forme générale est globalement définie / 5 – découpe du volume du cuilleron et allégement du manche / 6 – creusement du cuilleron à la gouge et au couteau croche / 7 – sculpture fine du volume final. Il reste encore à poncer le manche de la cuillère.


ailanteConnaitre et reconnaitre l‘Ailante, ou Faux vernis du Japon

Du chinois ailanto, nom de cet arbre localement, signifiant Arbre du paradis. Wikipedia indique plus précisément : Le nom est dérivé du mot de la langue de l’île d’Ambon Ailanto qui signifie « arbre qui monte vers le ciel ». Altissima signifie en latin « le plus haut » et fait référence à la taille que l’arbre peut atteindre.

L’Ailante appartient à la petite famille d’arbres et de plantes tropicales Simaroubaceae. L’Ailante est natif à la fois du nord-est et du centre de la Chine et de Taïwan. Il pousse vite (croissance de un à deux mètres par an pendant les quatre premières années) et est capable d’atteindre des hauteurs de 15 mètres en 25 ans, peut grimper jusqu’à 25 mètres, mais il a une durée de vie courte : rarement plus de 50 ans. Cependant, comme il drageonne fortement, il peut poursuivre son existence en développant de nouveaux pieds.

Migration de l’Ailante de la Chine aux grandes villes européennes

Sumac_vs_Ailante_feuillageIl était cultivé intensivement en Chine et à l’étranger comme plante-hôte pour le Bombyx de l’ailante, un papillon de nuit utilisé pour la production de soie. (…) L’Ailante a été introduit de Chine en Europe grâce à Chéron d’Incarville qui, en 1751, fit parvenir par caravane les premières graines de cet arbre en provenance de la région de Pékin jusqu’à Londres et Paris. (…) Il fut l’un des premiers arbres importés en Occident à une époque où les chinoiseries dominaient les arts européens et a d’abord été considéré comme un sujet magnifique pour les jardins.

Toutefois, l’enthousiasme a vite diminué lorsque les jardiniers se sont familiarisés avec ses tendances à donner des drageons et son odeur nauséabonde. Malgré cela, il a été largement utilisé comme un arbre de rue pendant une bonne partie du XIXe siècle. (…) Il s’est naturalisé dans presque toute l’Europe. Il est considéré comme une plantes invasives en Australie, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et dans plusieurs pays d’Europe méridionale et orientale. 

Comparaison fructification Ailante et SumacL’Ailante peut être confondu avec le Sumac vinaigrier (Rhus typhina), surtout quand les arbres sont jeunes, car leur feuillage est très approchant et tous deux colonisent les mêmes talus et bords de routes. Néanmoins, alors que les feuilles de Sumac sont légèrement dentelées, celles de l’Ailante sont lisses. Autre élément de distinction : une fois adultes, alors qu’un Sumac ne dépasse guère les 5 mètres, l’Ailante peut culminer à plus de 20 mètres de haut. La fructification est également bien différente.


Le bois d’Ailante et ses usages

Que dit la Flore forestière française à propos de l’Ailante ? Que c’est un bois jaune clair à jaune soufre ressemblant à celui du Frêne commun, mais n’en possédant pas la résistance mécanique, de densité moyenne, utilisable en menuiserie intérieure courante ; assez bon combustible ; charbon de bonne qualité.

Wikipedia indique : Le bois jaune pâle, à grain fin et satiné de cette espèce a été utilisé en ébénisterie. Il est souple et bien adapté à la fabrication de cocottes à vapeur utilisées dans la cuisine chinoise pour la cuisson des mantous, des pâtisseries et du riz.

Pierre Lieutaghi [ Le livre des arbres, arbustes & arbrisseaux ] souligne le fait que le bois est peu durable, peu résistant et a tendance à se fendiller. Il tempère aussi son emploi comme bois de chauffage : c’est un bois de chauffage moyen qui brûle en éclatant. L’auteur cite néanmoins H. Givelet, auteur d’une monographie sur l’Ailante dans les années 1860, qui prend la défense du bois de l’Ailante. Celui-ci explique que le bois, conservé dans l’eau durant quelques mois puis convenablement séché, se prête d’autant mieux aux travaux d’ébénisterie les plus délicats qu’il est d’un grain très fin et se polit admirablement.

Enfin, la sève de l’Ailante est toxique, irritante, et peut provoquer des éruptions cutanées.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *